Le 31 août 2024, Jérôme Decofour roulait sur le compagnon de la mère de ses enfants, Djamel Bendjaballah. Djamel Bendjaballah avait déposé deux plaintes pour « injure non publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », en juin et août 2023, contre Jérôme Decofour. Pourtant, l’instruction judiciaire retient la qualification d’homicide volontaire, sans aucune considération pour le caractère raciste du meurtre. Jérôme Decofour n’est pas un meurtrier ordinaire : il est un pilier de la Brigade Française Patriote, groupuscule d’extrême-droite. Animé par l’idéologie néofasciste du grand remplacement, “L’accusé avait envoyé un saucisson à Djamel. Lors d’une audience devant le juge aux affaires familiales, il l’avait insulté de sale bougnoule, de sarrasin”, liste Alexandre Demeyere-Honoré, l’avocat des parties civiles. Le racisme du meurtrier, de même que son affiliation à l’extrême-droite, ne laissent aucun doute. Constituée pour beaucoup d’anciens militaires, la Brigade Française Patriote s’entraîne à la guerre civile, achetant des armes pour lutter contre le « remplacement » et « la colonisation migratoire ». Très active à Nice, le groupe se caractérise par son idéologie raciste et sa promotion de la violence. Et le meurtrier de Djamel Bendjaballah n’est rien moins que le « chef de brigade » de cette milice dans le Nord.
Étant donné le contexte de ces faits, l’ONED soutient la demande des avocats de Djamel Bendjaballah et de sa famille de requalifier le meurtre en crime raciste. Plus largement, l’ONED attire l’attention sur la multiplication des crimes racistes et leur invisibilisation par l’institution judiciaire. Le travail sociologique de Rachida Brahim1 révèle la négation systématique des crimes racistes depuis les années 1970. Alors que la loi du 1er juillet 1972 offre la possibilité de rendre compte des mobiles racistes des crimes et d’en tirer des conséquences pénales spécifiques, la redescription des faits à toutes les échelles institutionnelles, policières, judiciaires et politiques, tend à déracialiser les affaires de meurtres racistes ainsi qu’à les dépolitiser, escamotant le rôle incitatif de l’extrême-droite dans ces crimes. L’affaire du meurtre de Djamel Bendjaballah s’inscrit dans ce continuum, dont il constitue une illustration particulièrement éloquente.
Il nous semble d’autant plus urgent d’en finir avec la négation des crimes racistes que les réseaux d’extrême-droite, comme la Brigade Française Patriote à laquelle appartient Jérôme Decofour et qui poursuit en toute impunité ses activités, incitent à la haine envers les personnes racisées et envers les immigrés, recourant largement au lexique de la guerre, assumant une promotion explicite de la violence raciste. Ainsi, l’utilisation d’un véhicule pour « foncer dans le tas », technique régulièrement utilisée, fait figure de mode opératoire apparaissant dans le panel des pratiques d’action proposées sur les sites néofascistes, que l’on retrouve aussi bien dans le meurtre d’un jeune exilé soudanais à Calais le 2 juillet 2024, l’agression raciste d’Afik Abdur par Christophe B., le meurtrier d’Hichem Miraoui ou encore l’agression d’un exilé érythréen à Calais le 31 décembre 2022.
Tandis que les agressions et les crimes racistes se multiplient, l’ONED appelle les institutions à reconnaître les mobiles racistes des crimes, tout particulièrement lorsque leurs auteurs sont affiliés à l’idéologie d’extrême-droite. L’ONED exprime tout son soutien à la famille de Djamel Bendjaballah et au collectif Justice pour Djamel, et demande à la justice de procéder à la requalification de ce meurtre en crime raciste.
- Rachida Brahim, La race tue deux fois. Une histoire des crimes racistes en France (1970-2000), Paris, Syllepse, 2020. ↩︎
