Par Juliette Prados, secrétaire générale de l’ONED

Le Rassemblement national a beau fanfaronner et se réjouir de sa banalisation acquise à grands coups de députés cravatés et de complaisance gouvernementale, reste qu’une large part de la population n’est pas dupe. Les scandales quotidiens révélés sur leurs candidats, qui multiplient les sorties racistes, le révisionnisme éhonté auxquels ils s’adonnent lorsqu’ils arrivent aux responsabilités, ainsi que nous l’avons maintes fois signalé grâce à notre observatoire des mairies RN, ou encore leurs attaques répétées contre la création, les syndicats, les libertés associatives… La vitrine a beau être lustrée, on sait les risques auxquels expose une arrivée de l’extrême droite au pouvoir.
Pour y pallier, le parti de la haine a développé lors des dernières municipales une stratégie souterraine qui vise à s’implanter localement par le truchement de listes sans étiquettes qu’ils soutiennent discrètement, mais fermement. L’objectif ? Se constituer un réseau de grands électeurs afin de gagner des sénateurs lors du prochain renouvellement de la moitié du sénat, le 27 septembre 2026.
Les Côtes d’Armor font partie de ces départements « renouvelables », trois postes étant remis en jeu à l’automne. Et force est de constater qu’elle est une cible pour le Rassemblement national, qui aimerait s’implanter ailleurs que dans ses fiefs historiques.
Ainsi, la commune de Pont-Melvez, qui n’avait pas eu droit à des élections municipales en mars dernier faute de candidats, est l’objet de ses convoitises. Le scrutin municipal, reprogrammé aux 7 et 14 juin, voit s’affronter trois listes. Or, l’ONED a été destinataire d’un signalement sérieux concernant l’une d’entre elles, « Pont-Melvez vivant », menée par Bruno Maitre. En effet, le Rassemblement national à fait savoir à ses militants qu’il avait choisi de soutenir cette liste, et les a encouragés à y figurer.
Avec l’aval de la tête de liste ? Nous ne sommes pas en mesure de le démontrer. Dans tous les cas, chaque voix qui sera portée sur cette liste contribuera à permettre à l’extrême droite de grignoter un peu de terrain.
Et c’est peu de dire qu’ils déploient les grands moyens pour investir les Côtes-d’Armor. Depuis le début de l’année, l’extrême droite a multiplié les événements dans le département et plus précisément sur la circonscription de Guingamp, dont fait partie Pont-Melvez :
Réunion publique sur l’agriculture à Callac fin février (https://www.ici.fr/bretagne/cotes-d-armor-22/callac/de-nouvelles-tensions-a-callac-en-raison-d-un-meeting-du-rassemblement-national-samedi-28-fevrier-2026-3596948)
Inauguration de la brasserie d’Erik Tegnèr, patron de Frontières, à Pléguien le 14 mai
Cochon grillé du RN à Bourbriac le 30 mai en présence de Jean-Philippe Tanguy et de journalistes de frontières, qui ont ainsi pu être aux premières loges pour recueillir l’annonce de la candidature de Camille Favre aux… Sénatoriales.
Une agitation tous azimuts qui, fort heureusement, rencontre une résistance forte d’une population qui refuse l’arrivée de l’extrême droite sur leur territoire. En juillet 2024, lors des législatives qui ont suivi la dissolution, la députée sortante Murielle Lepvraud (LFI), présentée par le NFP, avait distancé son adversaire RN de 10 points et de 5000 voix.
Mais pour que cette résistance opère, il nous appartient de rester vigilants, et de ne pas se laisser abuser par des candidats cachés sous l’appellation générique « sans étiquette »