L’extrême droite, tout un (mauvais) programme

Par Thomas Portes, Président de l’ONED

Des armes, des caméras, partout, et toujours plus.

 À la lecture des programmes de Laure Lavalette, candidate à Toulon, Franck Allisio à Marseille, Romain Lemoigne à La Flèche ou encore Julie Rechagneux à Bordeaux, on constate sans surprise que la question de la police municipale, de son armement et plus largement de la sécurité sont des axes majeurs de la campagne des candidats d’extrême-droite. C’est avéré,  le Rassemblement national rêve d’une police à l’américaine. Il suffit de les observer s’émerveiller devant les agissements d’ICE pour voir quel modèle l’extrême droite souhaite développer sur le terrain. Une police surarmée, qui tire partout et tout le temps, surtout sur des gens non blancs, et sans jamais rendre de compte.

Une idéologie dangereuse et inefficace.

Toutes les enquêtes récentes et sérieuses le démontrent :  la vidéosurveillance est inefficace. En 2021 une étude menée par le chercheur Guillaume Gormand[i], à la demande du Centre de recherche de l’Ecole des officiers de la gendarmerie de Melun, révèle que seules 5,87 % des enquêtes élucidées concernées par l’étude ont bénéficié d’une contribution vidéo, soit environ 1 sur 20. Si on rapporte ce résultat au nombre total d’enquêtes examinées, il tombe à 1,13 %. La vidéosurveillance est pourtant  omniprésente dans les programmes des candidats d’extrême droite.

Quant à la généralisation des armes que le RN et ses alliés d’UDR prônent à tout va, elle intervient alors même que la France est déjà championne d’Europe des tirs mortels lors d’interventions de la police.  Une donnée qui semble ne poser aucun problème aux candidats qui proposent en chœur d’élargir leur utilisation en dotant d’armes létales tous les policiers municipaux du pays sans jamais poser la question de la formation. Un rapport de la cour des comptes[ii] de février 2022 indiquait que pour la police nationale, « le pourcentage de personnels actifs ayant réalisé trois séances de tirs à l’arme individuelle s’élevait à 62 % au niveau national et le taux de réalisation complet des douze heures d’entraînement annuel réglementaires n’était que de 24 % pour la DGPN et de 14 % pour la préfecture de police ». Difficile d’envisager dans ces conditions qu’un cursus sérieux de formation puisse être mis en place à destination de l’ensemble des policiers municipaux dans un délai raisonnable. Dans la commune idéale selon l’extrême droite, on trouverait des armes, partout et toujours, sans formation et sans contrôle. Au risque de les transformer en véritable « Far-West » raciste, où certains citoyens risqueraient de se retrouver plongés dans une insécurité permanente.

Une aversion partagée envers les questions gouvernementales

Autre point commun à tous les candidats RN, l’aversion pour les questions environnementales. Bordeaux et Paris sont deux exemples prégnants. Alors que la question du réchauffement climatique est une urgence absolue, Julie Rechagneux (Bordeaux) et Sarah Knafo (Paris) proposent de créer de nouvelles infrastructures routières. Une fausse bonne idée qui va en réalité démultiplier le nombre de voitures, donc celui des émissions de gaz à effet de serre. Comme l’explique très bien l’économiste des transports Frédéric Héran : « construire de nouvelles routes ou augmenter leur capacité, c’est une fuite en avant[iii]. Le jour de l’inauguration, le trafic est enfin fluide et tout le monde s’en félicite. Mais les gens en profitent peu à peu pour faire leurs achats, habiter ou travailler plus loin. L’allongement des distances parcourues aboutit à saturer de nouveau la voirie, et les bouchons reviennent ». À Paris la candidate Zemmouriste, qui ignore pas le prix du passe Navigo, prône la réouverture des voies sur berge aux voitures et prévoit également de relever la vitesse maximale sur le périphérique à 80 km/h.

Cachez ce logo que l’on ne saurait voir

Mais le trait commun le plus surprenant à nombre de candidatures est…  l’effacement des logos des partis auxquels elles sont rattachées. Dans de nombreuses villes de France, le nom et le logo à la flamme du parti de Marine Le Pen n’apparaissent sur aucun support de communication. C’est le cas  à Toulon avec la liste « pour un avenir toulonnais » conduite par Laure Lavalette, pourtant porte-parole du parti, ou à Perpignan où Louis Aliot, vice-président du RN, est candidat à sa réélection.  L’objectif ? Continuer la politique de dédiabolisation et se détacher de l’étiquette d’extrême droite.

Mais les apparences ne trompent personnes, avec ou sans logo, la ligne reste  la même : raciste, anti écologiste et ultra libérale.


[i] https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/12/22/une-etude-commandee-par-les-gendarmes-montre-la-relative-inefficacite-de-la-videosurveillance_6106952_3224.html

[ii] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/contenu/visualisation/462420/file/Rapport%20formation%20des%20policiers.pdf

[iii] https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/augmenter-la-capacite-routiere-cest-accroitre-le-trafic-selon-cet-economiste-des-transports-81c237f2-4163-11f0-8e2a-4849b47199cd