Par Thomas Portes, Président de l’ONED
Samedi après-midi à Lyon s’est tenue une « manifestation » en mémoire de Quentin Deranque, militant identitaire. Peut-on vraiment parler de manifestation quand on voit les différents profils qui se sont rendus à cette marche ? L’Observatoire National de l’Extrême Droite y a identifié de nombreux responsables de groupuscules pétainistes, néonazis, identitaires et royalistes. Comme à chaque fois, l’extrême droite radicale a fait jouer son réseau de solidarité européen, et on a pu également identifier différents groupes venant d’Autriche, d’Italie, de Suisse ou d’Allemagne. Au regard de la composition du cortège, des insultes racistes et des saluts nazis, on ne peut que s’étonner de la couverte médiatique qui a eu comme formule quasi unanime « ça c’est bien passé », ce que nous réfutons. Nous détaillons ici les profils des personnes présentes dans le cortège, souvent en première ligne. Eh non : avec de tels profils – violents, racistes, antisémites, néonazis – cela ne peut pas bien se passer.

Yvan Benedetti, 61 ans. C’est un ancien cadre du FN, il fut même en 2011 le directeur de la campagne interne de Bruno Gollnisch. Il a pendant plusieurs années présidé L’Œuvre Française, mouvement pétainiste. Il est aujourd’hui porte-parole du Parti Nationaliste Français (PNF), mouvement également pétainiste fondé en 1983 et réactivé en 1995 (le logo fait écho à la flamme du parti de Mussolini) ; et président du mouvement belge néonazi Mouvement Nation. Il multiplie les poses devant les tombes de ses figures préférées comme José Antonio Primo de Rivera, chef de la Phalange espagnole, António de Oliveira Salazar (dictateur portugais), Robert Brasillach ou Philippe Pétain. Dans son palmarès judiciaire, on compte une condamnation pour diffamation et provocation publique à la haine envers les juifs en 2021 et une condamnation pour contestation de crime contre l’humanité en 2022. Il a par exemple qualifié les 6 millions de morts de la Shoah de « chiffre inventé […] issu de la propagande sioniste ».

Alexandre Gabriac, 36 ans. Fondateur des Jeunesses Nationalistes, mouvement néonazi affilié à L’Œuvre Française. Il a été exclu en 2011 du FN après un salut nazi – il en revendiquera d’autres, entre autres devant la tombe de Mussolini. Il organise de nombreuses manifestations à Lyon, notamment dans le cadre de l’opposition au mariage pour tous, aux cris de « La rue, la France, nous appartient ! » ou « Pas de quartier pour les pédés ! » (sic). Dans son palmarès judiciaire, on compte une condamnation en mars 2015 à deux mois de prison ferme pour avoir organisé à Paris en septembre 2012 une manifestation contre le racisme anti-blanc, en dépit d’une interdiction émise par la préfecture ; et une condamnation pour avoir reconstitué ou maintenu une organisation dissoute.

Marc de Cacqueray-Valménier, 28 ans. C’est un des visages du mouvement néonazi en France. Il est le fondateur et le principal activiste du groupuscule d’extrême droite Les Zouaves Paris, dissous en 2022 suite à de multiples actions violentes. Il orchestre ensuite la réactivation du Groupe Union Défense (GUD) en 2022. C’est l’organisateur des ratonnades le soir de France/Maroc. En 2020, il participe à la fondation du Swastiklan, un groupuscule néonazi violent franco-suisse (qui a par exemple organisé le vol d’une plaque de la Ruelle des Juifs au centre du village suisse de Saint-Léonard). À l’automne 2020, il part combattre dans la guerre au Haut-Karabakh aux côtés des forces armées arméniennes : il diffusera lui-même une photo de lui, arme à la main avec un tatouage SS. Début 2023, il est embauché par Vincent Bolloré via la société Checkport pour assurer la sécurité de sa propriété située sur l’île finistérienne du Loc’h. Dans son palmarès judiciaire, on compte une condamnation en 2022 à un an de prison ferme pour avoir mené une attaque sur un bar antifasciste à Paris, une condamnation en 2026 à un an de prison (dont six mois fermes) pour avoir tabassé des militants de SOS racisme. Le 10 février 2024, il est arrêté et mis en garde à vue pour avoir rendu un hommage à l’écrivain Robert Brasillach.

Eliot Bertin, 28 ans. Militant néonazi déjà bien connu passé par Génération Identitaire et L’Œuvre Française. C’est l’ancien chef du groupe Lyon Populaire, dissous en juin 2025 pour exaltation de la collaboration avec l’Allemagne nazie. Ce groupuscule animait un cercle de réflexion dénommé Cercle François Duprat « en hommage à ce théoricien du fascisme et du révisionnisme » et ancien numéro deux du Front national (FN). Un cercle qui encourageait à lire des figures de la collaboration parmi lesquelles Charles Maurras, Léon Degrelle, Jacques Doriot, Lucien Rebatet ou encore Robert Brasillach. À la tête du groupe Lyon Populaire, il organise plusieurs actions violentes… Janvier 2021 : en compagnie d’autres radicaux lyonnais, ils attaquent une mobilisation LGBTQI+. Juillet 2021 : Eliot Bertin participe, avec d’autres militants d’extrême droite, à l’attaque de supporters après France/Suisse à Lyon. Mars 2022 : avec d’autres membres de Lyon Populaire, il participe à une attaque de militants antifascistes sous la bannière du Guignol squad à Clermont-Ferrand, aux côtés de membres de Clermont Nationaliste et de Bourg-en-Bresse Nationaliste. Bilan de l’attaque : deux blessés parmi les antifas, dont un jeune tombé au sol frappé à coup de casques ou de ceintures. Dans son palmarès judiciaire, on compte une mise en examen pour « association de malfaiteurs » suite à l’attaque en novembre 2023, avec une quarantaine de nervis, d’une conférence sur la Palestine dans un local associatif de Lyon. À l’hiver 2024, il est placé en détention provisoire mais sort de prison en mai. Adepte des symboles, il affiche ouvertement sa nostalgie pour le Troisième Reich, se prenant par exemple en photo avec un masque arborant le symbole SS de la Totenkopf.

Fabrice Robert, 55 ans. C’est un vieux baroudeur du milieu d’extrême droite et des groupes néonazis. Dans sa jeunesse, il milite au sein des groupes Troisième Voie ou Unité Radicale dont il est l’un des fondateurs. Un mouvement qui sera dissous en 2002 suite à la tentative d’assassinat de Jacques Chirac par un de ses sympathisants, Maxime Brunerie. Suite à cette dissolution, il fonde le Bloc Identitaire en 2003, et en devient le président avant son changement de nom (Les Identitaires) en 2016. C’est aussi le leader du groupe de punk hardcore à l’idéologie nationaliste-révolutionnaire Fraction, dont le GUD a organisé un concert à Paris en 2023, après la manifestation fasciste du Comité du 9 mai. Avec Christine Tasin et Pierre Cassen, rédacteur en chef de Riposte Laïque, il organise le 18 décembre 2010 à Paris les « assises de l’islamisation » (sic) ; puis, en 2014, les « assises de la résignation » sous l’égide du Bloc Identitaire. Dans son palmarès, judiciaire on compte une condamnation à un mois de prison avec sursis et 10000 francs d’amende pour avoir distribué, en 1992, des tracts négationnistes à la sortie de lycées niçois, tracts qui niaient l’existence des chambres à gaz nazies !

Raphaël Ferron, dit Raphaël Ayma. C’est aujourd’hui le leader du groupuscule nationaliste-révolutionnaire Tenesoun, créé en septembre 2019, juste après la dissolution du Bastion Social. Il fut pendant quelques mois le collaborateur du député RN Philippe Schreck. En juin 2023, il était invité à s’exprimer lors d’une conférence organisée en Espagne par l’Association culturelle des amis de Léon Degrelle, un ancien SS ayant combattu dans les rangs nazis, et resté jusqu’à sa mort un grand défenseur d’Hitler. On l’a aussi vu prendre la pose avec un tee-shirt au slogan suprémaciste « White boy summer ». En juillet 2022, lors d’un voyage en Espagne, Raphaël Ayma brûle un drapeau LGBT et effectue des saluts de Kühnen (une alternative au salut nazi, illégale en Allemagne, souvent utilisée par les militants nationalistes ou néo-nazis pour éviter les condamnations).

Aurélien Verhassel, 41 ans. C’est le Patron du bar La Citadelle, ouvert en septembre 2016 à Lille par l’association du même nom. Un club privé qui abritait le quartier général de Génération Identitaire Flandres-Artois-Hainaut, association dissoute en 2023 en raison de « ses publications, les propos de ses membres et ses slogans, la mise en œuvre d’une idéologie xénophobe et provoquant à la haine et à la discrimination ». Dès 2014, Aurélien Verhassel participe à la création d’une « milice anti-racaille » pour patrouiller dans le métro. En 2015, on le retrouve à la manœuvre sur le toit de la gare d’Arras pour exiger « l’expulsion des islamistes ». En 2023, il organise une soirée intitulée « Qu’ils retournent en Afrique » en l’honneur du député RN Grégoire de Fournas. En février 2019, c’est une soirée thématique sarcastique sur Al Jazeera durant laquelle les participants, portant hidjab ou djellaba, se voient offrir une bière. Dans son palmarès judiciaire, on compte une condamnation pour avoir tabassé deux personnes – à cinq mois de prison ferme et à plusieurs amendes pour préjudice moral concernant l’une des victimes ainsi que pour port d’arme (un poing américain, non utilisé).

Gabriel Loustau, 25 ans. C’est le fils de l’ex-dirigeant du GUD Axel Loustau, ancien prestataire du FN et proche de Marine Le Pen. Il était l’un des responsables du GUD nouvelle version avant sa dissolution. Après la mort de Thomas à Crépol, il publie sur X « Crevez les ptn [putains], que chacun en frappe un à mort aujourd’hui. et les femmes à l’acide » ; « Crépol. Allons-y ! Tuons ces sauvages ! » ou encore « Hitler avait raison » (sic). Dans son palmarès judiciaire, on compte une condamnation à six mois de prison avec sursis pour son implication, avec trois autres étudiants d’ultra-droite, dans une agression homophobe à Paris pour « fêter » la victoire du RN aux élections européennes, et une condamnation à une amende de 1440 euros pour menace de mort et injure publique en raison de l’origine, de la race ou de la religion.

Tristan Arnaud. Militant identitaire dans le groupuscule néofasciste Clermont Non Conforme et cofondateur de Bordeaux Nationaliste. Il est connu pour sa violence. Dans son palmarès judicaire, on compte une peine de prison ferme et d’interdiction de territoire pendant 5 ans (dans le Puy-de-Dôme) pour des faits de violences agrémentées d’injures racistes en 2018. Il est également condamné à de la prison pour violences sur l’ex-conjoint de sa compagne du moment. Son casier judiciaire comporte plus de six mentions depuis 2013 !
Augustin Patzelt. Malgré son jeune âge, il a déjà une longue expérience dans la mouvance identitaire. C’est un ancien du groupe Les Remparts (dissous en 2024, en lien avec les lieux emblématiques de l’ultra-droite dans le Vieux Lyon, La Traboule et L’Agogé) et membre de La Cocarde (syndicat d’extrême droite).

Alice Cordier, 28 ans. Fondatrice du collectif d’extrême droite Némésis en 2019, elle est issue de L’Action Française. Elle multiplie les happenings racistes et les partenariats avec les figures d’extrême droite les plus radicales. Le 2 septembre 2023, au cours de la braderie de Lille, elle est arrêtée et mise en garde à vue avec deux autres militantes de Némésis pour le déploiement de banderoles racistes dans la rue Nationale et sur la façade de l’hôtel Carlton. Elle déploie d’autres banderoles racistes à Besançon en avril 2024, et à Strasbourg en décembre 2025. Elle écrit sur son compte X, le 31 mars 2025, à l’occasion de l’Aïd, « [qu’]il y a beaucoup trop de musulmans en France » et que « ça ne peut pas marcher ». Elle est une invitée régulière de CNews, où elle déverse sa vulgate raciste et islamophobe.

Aliette Espieux, 26 ans. Elle est porte-parole de La Marche pour la Vie, mouvement catholique intégriste opposé à l’avortement. Elle est mariée au néonazi violent Eliot Bertin (voir plus haut). En 2020, elle figure sur la liste du Rassemblement National du cinquième secteur lyonnais pour les élections municipales. Elle est l’organisatrice de la marche fasciste « en mémoire » de Quentin Deranque.

Michel Dulac. Ancien conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes du Rassemblement National. Il vient de créer son propre mouvement d’extrême droite, Spartacus, sorte de nébuleuse composées d’antivax et de complotistes divers et variés. Parmi les adhérents, on compte l’inénarrable Francis Lalanne ; Yves Duigou (ancien militant RN mis de côté par la nouvelle direction départementale du parti) ; ou encore Thierry Dussoud, ancien adhérent au Front National de la Jeunesse (FNJ) qui revendique être « fidèle aux idées de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national ».