Les juges ont appliqué la loi voulue par le législateur en sanctionnant Marine Le Pen pour détournement de fonds publics par l’inéligibilité exécutoire dès le prononcé de sa culpabilité.
La justice ne s’est donc aucunement arrogée du suffrage universel dévolu au peuple souverain.
Le déferlement de haine typique de l’extrême droite sur l’une des trois magistrates, Bénédicte de Perthuis, ayant prononcé ce jugement est inacceptable, d’abord car les menaces proférées à son égard constituent un délit puni d’emprisonnement.
Ensuite, car ce jugement a été rendu après un débat contradictoire en audience publique, toutes les parties au procès ayant été entendues sur le fondement d’une enquête collationnant les éléments à charge et à décharge.
La vraie surprise fut de constater la remarquable indépendance des juges dans une affaire sensible et en conséquence signalée à la chancellerie par le parquet général par différents rapports sur la progression de l’enquête et les indices concordants engageant la responsabilité pénale de Marine Le Pen.
La réaction politique à la décision rendue est sans précédent, voire historique. L’extrême droite a lâché ses chiens, en menaçant et dévoilant le domicile d’une magistrate, alors que le premier ministre en proie à sa prochaine comparution devant la cour d’appel pour des faits similaires, appelait à l’abrogation du texte consacrant l’inéligibilité des politiques condamnés pour détournement de fonds publics.
Et comme cela ne suffisait pas, le ministre de la justice, Gérald Darmanin exhortait l’Assemblée Nationale afin d’obtenir du procureur général de Paris statutairement dépendant du pouvoir, la fixation de l’affaire ainsi que son délibéré avant l’été 2026, quand on sait que le délai ordinaire d’audiencement est de l’ordre de deux ans.
Il s’agit là de surcroît d’une intrusion inacceptable dans le fonctionnement juridictionnel des magistrats du siège, indépendants du pouvoir.
L’extrême droite et la droite exigeaient alors en chœur l’interdiction du syndicalisme judiciaire et la dissolution du syndicat de la magistrature, sans jamais établir le lien de cause à effet avec le jugement rendu dans l’affaire Le Pen, alors que le seul grief susceptible d’être porté contre le SM est d’avoir participé à préserver les libertés individuelles dans ce pays pendant près de 60 ans.
Jamais la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice n’ont été aussi ostensiblement piétinées depuis que l’Etat s’est emparé des projets liberticides de l’extrême droite.
C’est le constat inquiétant qu’on peut désormais faire suite à la décision rendue par le tribunal de Paris.
Albert Lévy
