Nous assistons ces dernières années à une offensive réactionnaire et raciste particulièrement inquiétante en Europe et dans le monde, avec l’arrivée de gouvernements d’extrême droite en Italie, en Hongrie, en Israël, Argentine, en Inde, aux États-Unis ; ou de majorités soutenues par l’extrême droite comme en Lettonie ou en Suède. En Espagne, en Allemagne ou au Portugal, l’extrême droite fait son retour de manière fracassante dans le paysage politique, après des années de bannissement. La France n’échappe pas à la règle. De l’Assemblée nationale aux plateaux télés, en passant par la création de groupuscules identitaires ou par l’infiltration de certains syndicats – y compris de syndicats étudiants, l’extrême droite tisse sa toile dans la société française.
Au second tour de l’élection présidentielle de 2022, le Rassemblement National a recueilli 41,4% des suffrages, soit plus de 13 millions de voix. Les élections législatives de 2022 ont permis l’entrée à l’Assemblée de 89 député·es du RN contre 8 auparavant. Les dernières élections législatives ont confirmé cette dynamique, faisant du parti de Marine Le Pen et de ses allié·es de l’UDR le premier groupe parlementaire avec 143 député·es, soit une hausse de plus de 60%.
Cela doit nous interroger collectivement, que l’on y voie un vote d’adhésion à l’ensemble du programme ou un vote protestataire, « anti-système », pour lequel les idées d’extrême droite ne constituent plus un repoussoir suffisant.
Pas une semaine ne passe sans que l’extrême droite n’impose ses thèmes et ses idées à l’agenda politique et médiatique du pays. La multiplication des actions violentes – récemment : l’attaque d’un commando nazi en plein Paris ; l’assassinat à Capelle-la-Grande de Djamel Bendjaballahpar un militant du groupuscule identitaire « Brigade Patriote Française » ; la multiplication des tags de croix gammés ou celtiques dans les rues du pays ; la campagne de saluts nazis du syndicat étudiant UNI – témoignent d’une violence raciste de plus en plus décomplexée, assumée, diffusée.
Nous le savons, l’extrême droite se nourrit de la crise démocratique que nous traversons, comme elle a déjà su le faire par le passé. Une crise démocratique et politique accélérée par une macronie en décomposition, sans colonne vertébrale politique, qui adopte des pans entiers du programme liberticide de l’extrême droite, sans compter les gages qu’elle ne cesse de lui offrir
Les récentes révélations sur le projet Périclès du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui vise à amener l’extrême droite au pouvoir en investissant massivement dans les médias et en soutenant ses organisations politiques, doivent nous alerter sur la nécessité de mettre en place une organisation à même de déjouer cette feuille de route.
Face à cette situation extrêmement préoccupante, nous avons fait le choix de développer un outil permettant de mener une bataille idéologique d’ampleur, afin de sortir des combats de slogans et d’aller vers une déconstruction idéologique et argumentée du discours fasciste.
Combattre l’extrême droite ne se résume pas à mener le combat sur le thème central de l’anti-racisme ; il est également nécessaire de lutter sur tous les terrains qu’utilise cette idéologie pour propager son discours (égalité femmes-hommes, services publics, désindustrialisation, travail, santé, culture, sécurité, questions sociales telles que la loi retraites ou les conséquences du confinement …).
Combattre l’extrême-droite c’est lutter contre l’instrumentalisation de la laïcité comme outil politique qui valide la thèse de la “guerre de civilisation”/
Combattre l’extrême-droite c’est mettre fin à la criminalisation permanente des discours d’opposition (interdiction de conférences, de manifestations)/
Combattre l’extrême droite, c’est se plonger dans une nébuleuse de groupuscules plus ou moins identifiés, qui promeuvent la haine et se livrent à des actions violentes, identifier les “paniques morales” qu’elle orchestre et fait infuser dans la société. C’est aussi refuser que la dénonciation morale de l’extrême droite ne serve qu’à faire le lit de l’alternative délétère entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Le pire serait de banaliser, de faire comme si ce qui se passait était normal.
Dans un paysage politique en pleine décomposition, où les repères ne cessent d’être brouillés, le danger de l’extrême droite ne doit être ni minoré, ni surestimé.
Syndicalistes, militant·es politiques ou associatif·ives, chercheurs et chercheuses, scientifiques, journalistes, élu·es, citoyen·nes, nous avons ainsi décidé de créer l’Observatoire National de l’Extrême Droite (ONED).
Un outil d’observation, de décryptage, de formation et de déconstruction de ce courant de pensée. Un outil qui s’inscrit dans un souci de fédérer les initiatives présentes partout en France ; et dans le prolongement de nombreux travaux préexistants, individuels ou collectifs.
Il se donne également pour but la création d’observatoires régionaux ou départementaux de l’extrême droite, un maillage nécessaire au suivi des actions et discours des militant·es et élu·es d’extrême droite sur l’ensemble du territoire national.
L’objectif de cet observatoire est de mettre sous surveillance l’extrême droite, d’accumuler des données sur ses composantes et leurs stratégies, d’analyser leurs discours et de le confronter à leurs pratiques locales et nationales, de pointer leurs incohérences, leurs contradictions et leurs mensonges.
Notre démarche se veut innovante, pluraliste, ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent s’engager dans cette démarche.
l’ONED se donne pour missions de :
● Mettre sous surveillance l’extrême droite afin de faire un travail précis et scientifique de recueil de données ;
● Dresser la cartographie de son implantation, identifier ses réseaux et ses modes de financements ;
● Évaluer son impact sur les politiques publiques lorsqu’elle est au pouvoir ou quand elle l’influence ;
● Proposer des boîtes à outils, des argumentaires et des formations pour déconstruire les idées d’extrême droite ;
● Ester en justice dans le cadre de procès impliquant l’extrême droite sous toutes ses formes ;
● Organiser la riposte sur les réseaux sociaux pour démonter les mensonges et les opérations de désinformation ;
● Proposer, en particulier en période électorale, une grille de lecture des politiques locales, une analyse des programmes et des candidat·es, afin de démontrer auprès des électeurs et électrices les incohérences et les mensonges de l’extrême-droite
● Jouer un rôle de centralisation au service de tous les travaux réalisés, de toutes les campagnes menées et des organisations existantes.
