
Combattre l’extrême droite, c’est un combat syndical !
L’hostilité de l’extrême droite envers le syndicalisme ne date pas d’hier, et ses principaux dirigeants ne s’en sont jamais cachés.
En 2016, en pleine mobilisation contre la loi Travail, Louis Aliot, alors vice-président du Rassemblement National (RN), déclarait sans détour :
« Les résistances et les revendications de la CGT et de SUD sont corporatistes. La grève est un système archaïque[1]. »
Il démontrait ainsi la réalité des positions du RN tant cette loi venait détruire les protections essentielles des salarié·es.
Et il persiste. En 2022, Aliot remettait ça :
« Les syndicats sont les croque-morts du monde économique et du travail, ils ne servent à rien.[2] »
Ce rejet brutal du syndicalisme est un projet politique : celui d’une société sans contre-pouvoirs, sans voix collective des travailleurs et travailleuses.
Ce projet n’a rien de neuf. Il a un précédent historique. Sous le régime de Vichy, les syndicats ont été interdits dès 1941, remplacés par une « Charte du travail » censée rompre avec « le vieux système de lutte des classes », l’extrême droite vendant la fable que patrons et travailleurs·euses auraient les mêmes intérêts.
Un parti de collabos
Cette filiation n’est pas anodine : le Front National, ancêtre du RN, a été fondé par des anciens collabos, des nostalgiques du pétainisme.
Fidèle à ses origines, en 2007, le programme du Front national (FN) dénonçait un syndicalisme « dévoyé et moribond (…), un des obstacles majeurs aux réformes nécessaires de la société française ».
Alors quand on sait quelles réformes l’extrême droite juge « nécessaires », on ne peut que se féliciter qu’elle voit les syndicats comme une menace.
Marine Le Pen elle-même, en 2017 puis en 2022, a proposé une « grande réforme des syndicats », allant jusqu’à vouloir interdire les piquets de grève. Le message est clair : affaiblir la capacité d’action des salarié·es, c’est préparer le terrain à une société autoritaire.
Si cette hostilité au syndicalisme n’est pas l’apanage de l’extrême droite, elle lui est constitutive.
Dans les collectivités locales dirigées par le RN, les pratiques anti-syndicales sont légion.
À Hénin-Beaumont, en 2016, le secrétaire CGT des territoriaux subit des attaques personnelles ignobles. Une page Facebook proche de la majorité municipale l’insulte, lui et ses camarades, les traitant « d’alcooliques » et de « paresseux ». Sa propre fille est ciblée. Poussé à bout, il craque. Il est poursuivi, condamné, suspendu…En revanche, le conseil de discipline de recours de la fonction publique annule sa révocation et se prononce pour sa réintégration après une exclusion d’un an dont la moitié avec sursis. Le maire passe outre et arrête de lui verser son salaire du jour au lendemain. C’est en appelant pour demander pourquoi il n’a pas été payé que le syndicaliste apprend sa révocation. Dorénavant, c’est à un élu SUD de la ville que s’en prend régulièrement et publiquement Steeve Briois.
À Hayange en 2014, l’animateur CGT des services publics de Moselle est responsable du service voirie. Il est rapidement muté au nettoyage de la voie publique et harcelé par les élus RN. De la même façon, on le pousse à craquer, à la faute. Il réagit, demande à son chef “s’il était payé pour le faire chier”. Il est mis à pied.
À Perpignan, ce sont des lettres anonymes d’insultes, un bureau tagué « sale arabe », des notes de service diffamatoires relevant du tract sont diffusées qui vont jusqu’à viser les familles des syndicalistes.
Dans un rapport de 2020, la Cour des comptes souligne la gravité de la situation : alertes répétées de la médecine du travail, souffrances psychiques avérées, perte de sens généralisée… Un médecin tire la sonnette d’alarme en 2019 sur l’impact « potentiellement grave » de la gestion RH dans une mairie RN.
Le tableau est sans appel : l’extrême droite au pouvoir, c’est la répression des contre-pouvoirs, l’autoritarisme, la souffrance au travail.
Syndicats et extrême droite : deux visions incompatibles de la société
L’extrême droite n’aime pas les syndicats et les syndicalistes, et c’est réciproque.
Par essence le syndicalisme est à l’inverse de l’extrême droite. C’est l’organisation de la solidarité entre tous les salariés, le combat pour la justice sociale, l’égalité des droits : tout ce que l’extrême droite combat.
De ce point de vue, la déclaration unitaire de 2012 “la préférence nationale n’est pas compatible avec le syndicalisme” est un marqueur fort : le syndicalisme est un outil de riposte important et concret face à l’extrême droite.
D’abord par la proximité du ou de la délégué·e syndicale avec ses collègues, la légitimité acquise au quotidien dans l’entreprise sur les sujets du quotidien, renforce le poids de sa parole dans les grands moments de la vie politique, lorsque comme en juin dernier il faut convaincre de ne pas faire la connerie de porter le RN au pouvoir. Et nous avons pu constater que les 5 organisations (la CFDT, la CGT, l’UNSA, la FSU et Solidaires) qui ont fait le choix de s’engager activement dans la campagne ont pesé réellement.
Ce fut l’occasion de rappeler que les bas salaires, les conditions de travail désastreuses, c’est le choix des patrons qui privilégient les actionnaires, pas la faute de nos collègues qui ne sont pas “né-es ici”,avec qui nous travaillons au quotidien.
C’est aussi l’’implantation dans des secteurs clefs. Ainsi, dans plusieurs secteurs, des mobilisations antifascistes ont permis de faire reculer l’extrême droite :
-SUD Rail a pu empêcher que les affiches de lancement du livre de Bardella ne recouvrent toutes les gares de France en faisant annuler la campagne d’affichage,
-Chez Bayard presse, la mobilisation des salarié·es a permis d’empêcher la nomination de l’ex-bras droit de Stérin et la participation au rachat de l’ESG, une école de journalisme tombée de l’escarcelle de Bolloré.
-Le CSE central d’Hachette a diffusé un message pour dénoncer la ligne éditoriale proche de l’extrême droite de la sphère Bolloré
De son côté, Solidaires a lancé une campagne pour que l’argent des activités sociales et culturelles des CSE (ex-comités d’entreprises) ne soit pas utilisées pour subventionner des places au Puy-du-Fou ou l’achat de Smartbox, entreprise appartenant à Stérin. Si des milliardaires décident de financer l’extrême droite, nous devons au moins nous abstenir de leur remplir les poches.
Alors que la période des législatives anticipées avait vu une hausse importante des paroles racistes sur les lieux de travail, il convient également de signaler le lancement il y a quelques jours d’une campagne antiraciste portée par l’ensemble des 8 organisations de l’intersyndicale. C’est un point d’appui important pour s’adresser aux collègues de manière unitaire, et c’est une prise de position importante.
La meilleure réponse : Plus de syndicats, plus de syndiqué·es :
Les luttes syndicales font en elles-même reculer les idées d’extrême droite. Quand il y a une grève, on discute entre collègues, il y a de la solidarité. Quand on se bat pour l’égalité des droits on fait reculer les idées d’extrême droite. Souvenons-nous de 2023 lorsque nous défilions par millions contre la retraite à 64 ans. C’est le monde du travail qui occupait la rue et on n’entendait plus le RN qui se retrouvait complètement marginalisé. Deux ans plus tard, ils continuent de bafouiller en comptant sur leurs doigts dès qu’il faut aborder le sujet.
Il nous faut donc, malgré les difficultés de la période, travailler à reprendre l’offensive.
Et pour tout cela, il faut plus de syndicats et plus de syndiqué·es. Alors si ce n’est pas déjà fait, syndiquez-vous ! C’est une manière très concrète de tenir tête à l’extrême droite.
Aurélien Boudon
[1] Louis Aliot, vice-président du FN, à propos de la lutte contre la loi Travail, 14/06/2016, le Journal du Centre
[2] Déclaration de Louis Aliot, à la presse, en août 2022
