« Trappes est devenue un « Trappistan » ». Voilà les propos tenus en 2021 par Ivan Rioufol sur CNEWS. Pendant plus d’une semaine, la chaîne du groupe Bolloré avait à l’époque organisé une campagne de haine contre Trappes et ses habitant-e-s. Si Kevin T. a choisi de frapper Trappes, cela ne doit rien au hasard. Trappes est ciblée par l’extrême droite médiatique et politique depuis des années. Ses habitants sont montrés du doigt. Des responsables politiques ont ouvert le chemin. En 2021, toujours sur CNEWS, le 8 février, Éric Zemmour expliquait que « Trappes est une ville musulmane ». En 2022, Jordan Bardella, encore sur CNEWS, lançait tranquillement : « Trappes est la capitale européenne du Jihad ». Les mots ne sont pas des balles, mais ils arment les pensées et encouragent les passages à l’acte. Lors de son audition, Kevin T. a expliqué avoir « spécifiquement ciblé des personnes de type musulman, africain ou nord-africain » et avoir choisi la ville de Trappes car c’était « un repaire d’islamistes ». Les mêmes mots que CNEWS. Les mêmes mots que l’extrême droite.
5 ans après, et un attentat terroriste raciste, islamophobe et négrophobe, rien n’a changé. Le racisme et l’islamophobie décomplexés sont toujours présents. Les habitants de Trappes sont toujours visés. Le jour où la famille de Pengo Bossio Wangi était reçue à l’Assemblée nationale, Erik Rgener, patron de Frontières, déclarait sur CNEWS au sujet du maire de Trappes : « C’est un homme qui fait rentrer l’islamisme dans la République ». Didier Lemaire, ancien professeur, indiquait lui : « Il y a un écosystème islamiste (à Trappes) ». Ce matin, c’est Pascal Praud qui ciblait à son tour le maire de Trappes, qualifiant « son discours d’insensé ». Sur une autre chaîne d’info, BFMTV, pour ne pas la citer, la sénatrice RN Edwige Diaz explique tranquillement, le lundi 26 octobre, que Trappes est une « ville islamiste ». Qui peut encore nier la responsabilité de l’extrême droite et de ses relais médiatiques ? Il aura donc fallu la mort d’un homme et sept blessés, dont une petite fille de 12 ans, criblée de 8 balles, pour qu’enfin la question de la fermeture de CNEWS prenne une dimension nationale. En moins de 10 jours, la pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale en juillet dernier est passée de 20 000 signatures à plus de 500 000. Un seuil qui permet à l’Assemblée nationale, sur validation de la conférence des présidents, de permettre un débat en séance. Si ce cap est symbolique, il faut maintenir une pression maximale. N’oublions pas que les deux dernières pétitions ayant dépassé 500 000 signatures, sur le permis de tuer et la loi Yadan, ont été fermées avant d’avoir pu être débattues.
